31/01/2006

Droit et pastorale pour l'amour de la Vérité

Benoît XVI a reçu ce matin le Doyen, les Juges, les Officials et autres
collaborateurs du Tribunal apostolique de la Rote romaine, à l'occasion
de l'inauguration de son année judiciaire.

Le Saint-Père a rappelé que parmi l'héritage considérable laissé par
Jean-Paul II, y compris en matière de droit canonique, "il y a
l'Instruction Dignitas Connubii, sur la procédure à suivre dans les
causes de nullité matrimoniale... La principale contribution de cette
Instruction, qui j'espère -a-t-il dit- sera intégralement appliquée par
les tribunaux ecclésiastiques, consiste à indiquer en quelle mesure et
de quelle façon doivent être appliquées les normes contenues dans les
canons relatifs au jugement d'un contentieux ordinaire, en observant les
normes spéciales dictées par les causes sur l'état des personnes et sur
celles du bien public".

Le Pape a ensuite signalé que pendant le Synode sur l'Eucharistie
d'octobre dernier, les Pères synodaux "ont invité les tribunaux
ecclésiastiques à faire tout leur possible pour que les fidèles qui ne
sont pas mariés canoniquement puissent régulariser au plus vite leur
situation matrimoniale" pour pouvoir communier. Par ailleurs, "la
législation canonique -a-t-il dit- et la récente Instruction
sembleraient, à première vue, limiter cette impulsion pastorale, comme
si la principale préoccupation était de compléter les formalités
juridiques prévues avec le risque d'oublier la but pastoral du procès.
Une opposition se cache derrière cette formulation entre droit et
pastorale en général".

"En cette première rencontre avec vous -a-t-il affirmé- je préfère
plutôt me concentrer sur ce que représente le point de rencontre
fondamental entre droit et pastorale: l'amour pour la vérité". Dans ce
contexte, le Saint-Père a rappelé que "l'objectif du procès est la
déclaration de la vérité par un tiers impartial", après que les parties
aient présenté les preuves "lors d'un temps de discussion approprié...
Tout système de procédure doit donc assurer l'objectivité, la rapidité
et l'efficacité des décisions des juges".

Le Pape a ensuite signalé que les procès peuvent traiter des matières
"qui dépassent la capacité de disposer des parties, dans la mesure où
elles concernent les droits de toute la communauté ecclésiale". C'est
dans ce contexte que "se situe le procès de déclaration de nullité d'un
mariage: en effet le mariage, dans sa double dimension naturelle et
sacramentelle, n'est pas un bien dont disposent les époux, et tenant
compte de son caractère social et publique, il n'est pas possible de
prétendre à une auto-certification".

Après avoir précisé "qu'aucun procès est 'contre' l'autre partie, comme
s'il a'agissait d'infliger un dommage injuste", Benoît XVI a dit que "le
but du procès est par contre de déclarer la vérité sur la validité ou
l'invalidité d'un mariage concret, c'est à dire sur une réalité qui
fonde l'institution de la famille et concerne en grande mesure l'Eglise
et la société civile".

Le Saint-Père a alors affirmé que "le critère de la recherche de la
vérité" lors du procès, conduit à l'aspect de "sa valeur pastorale, qui
ne peut être séparée de l'amour de la vérité. Il se peut que la capacité
pastorale soit parfois contaminée par des comportements complaisants
envers les personnes...mais en réalité, ces comportements ne répondent
pas au bien des personnes ni à celui de la communauté ecclésiale".

"La vérité recherchée dans les procès de nullité matrimoniale n'est
toutefois qu'une vérité abstraite, séparée du bien des personnes. C'est
une vérité qui s'intègre à l'itinéraire humain et chrétien de chaque
fidèle. Il est donc très important que sa déclaration arrive en temps
raisonnables".

Le Pape a souligné "l'importante obligation de faire que le travail
institutionnel de l'Eglise dans les tribunaux soit toujours plus proche
des fidèles", d'essayer "de prévenir les nullités matrimoniales...et de
faire le possible pour que les époux résolvent leurs problèmes éventuels
et trouvent la voie de la réconciliation".

VIS, 30 janvier 2006



"J'espère -a-t-il conclu- que ces réflexions aident à mieux faire
comprendre comment l'amour de la vérité relie l'institution du procès
canonique de nullité matrimoniale au vrai sens pastoral qui doit animer
de tels procès. En utilisant cette clé de lecture, l'Instruction
Dignitas Connubii et les préoccupations apparues lors du dernier Synode
coïncident totalement".

25/01/2006

Deus Caritas est, un texte capital sur le coeur de la foi

Ce midi près la Salle-de-Presse du Saint-Siège, la première encyclique de Benoît XVI, intitulée Deus Caritas Est, a été présentée par le Cardinal Renato Raffaelle Martino, Président du Conseil pontifical Iustitia et Pax, Mgr.William J.Levada, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et Mgr.Paul Josef Cordes, Président du Conseil pontifical Cor Unum.

Le Cardinal Martino a traité de la partie dans laquelle le Pape évoque le lien entre la justice et la charité, donne des orientations quant aux compétences de l'Eglise et de sa doctrine sociale et à celle de l'Etat en matière de justice sociale.

Après avoir rappelé que la construction d'un ordre social et politique juste est une préoccupation majeure de l'Eglise, même si le Saint-Père rappelle que "l'Eglise a le devoir d'offrir sa propre contribution, par une purification de la raison et une formation éthique, afin que les exigences de la justice soient perceptibles et réalisables politiquement".

Le Pape, a ajouté le Cardinal, "rappelle qu'avec la doctrine sociale, l'Eglise participe à la construction d'un ordre social juste, en réveillant les forces spirituelles et morales". C'est dans ce cadre que les fidèles laïques sont appelés en tant que citoyens à participer à la vie publique". Leur mission est "de s'engager dans la société...en coopérant avec tous en respectant les compétences et responsabilités de chacun".

"La présence du laïc dans la société -a-t-il poursuivi- est un service, un signe de la charité qui se manifeste dans la vie familiale, culturelle, professionnelle, économique et politique".

Ensuite, Mgr.Levada a souligné que l'encyclique est "un texte capital traitant du cœur de la foi chrétienne, c'est-à-dire de l'image chrétienne de Dieu et de l'homme qui en découle..., un texte qui entend s'opposer à un usage erroné du nom de Dieu comme à la forte ambiguité de la notion d'amour dans notre société".

"Pour comprendre la nouveauté de l'amour chrétien, le Pape cherche avant tout -a expliqué le Préfet- à poser la différence et l'unité entre les deux concepts d'amour que l'on rencontre déjà chez les philosophes grecs de l'antiquité... L'Eros et l'Agapé ne s'opposent pas mais s'harmonisent l'un l'autre pour exprimer la réalité de l'amour humain, d'un amour correspondant à la totalité de l'être humain, le corps et l'âme. L'Agapé interdit à l'Eros de s'abandonner à l'instinct tandis que l'Eros offre à l'Agapé la relation vitale de l'existence".

Puis Mgr.Levada a rappelé que "l'amour humain trouve une forme enracinée dans la création même sous la forme du mariage indissoluble entre un homme et une femme".

"L'amour du prochain, qui s'enracine dans l'amour de Dieu, est une obligation pour chaque fidèle mais aussi, comme le rappelle la seconde partie de l'encyclique, pour la communauté des croyants qu'est l'Eglise. On peut dégager deux enseignements de l'évolution du concept ecclésial de l'amour: le service de la charité appartient à l'essence de l'Eglise, et personne ne doit manquer du nécessaire dans l'Eglise comme hors d'elle".

Le Pape, a jouté le Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, "commente aussi plusieurs aspects de la diaconie, service de charité, dans l'Eglise d'aujourd'hui: répondre à l'objection selon laquelle la charité envers les pauvres serait un obstacle à une juste distribution des biens entre les hommes".

Par ailleurs, Benoît XVI fait "l'éloge des nouvelles formes de fructueuse collaboration entre les institutions civiles et ecclésiales, en évoquant le rôle du volontariat".

Résumant l'encyclique, Mgr.Levada a indiqué qu'elle propose "une vision de l'amour du prochain et du devoir ecclésial de la charité comme application du commandement de l'amour, qui trouve sa source dans l'essence même de Dieu qui est Amour". Le document papal, a-t-il conclu, "invite l'Eglise à renouveler son engagement au service de la diaconie-charité, qui constitue une partie essentielle de sa vie et de sa mission".

Quant à Mgr.Paul Josef Cordes, Président du Conseil pontifical Cor Unum, il a déclaré que "le texte d'aujourd'hui est la première de toutes les encycliques sur la charité", Et "il est très probable que la présentation de cette encyclique par notre dicastère réponde au fait que Cor Unum "est responsable de l'exécution des initiatives personnelles du Pape comme signe de sa compassion pour certaine situations de misère".

"La charité de l'Eglise est faite d'interventions concrètes" a dit le Préfet et "comprend les initiatives politiques, comme celles pour la remise des dettes des pays les plus pauvres. Nous voulons promouvoir la conscience de la justice dans la société", mais "Benoît XVI a au contraire voulu illuminer l'engagement caritatif par un fondement théologique... Il est convaincu que la foi a des répercussions sur la personne même qui agit et donc par conséquent sur les modalités et l'intensité de son aide".

"La doctrine sociale de l'Eglise et la théologie de la charité se complètent sans aucun doute, mais elles ne coïncident pas. En effet la première énonce les principes éthiques pour la recherche du bien commun, et se situe donc sur un niveau plutôt politique et communautaire. Par contre, prendre en charge individuellement, et ensemble, les souffrances du prochain, ne demande aucune doctrine systématique. Cela naît de la parole de la foi".

"Par chance, dans nos sociétés, la mentalité philanthropique est fréquente...mais cela peut aussi faire naître le doute chez les fidèles que la charité ne fait pas partie essentielle de la mission ecclésiale. Sans une solide base théologique, les grandes agences ecclésiales pourrait...se dissocier de l'Eglise" et "préférer s'identifier à un organisme non gouvernemental (ONG). De telle sorte, leur "philosophie" et leurs projets ne se différencieraient pas de ceux de la Croix Rouge ou des agences de l'ONU. Cela est donc en opposition avec l'histoire bimillénaire de l'Eglise et ne tient pas compte de l'intime rapport entre l'action ecclésiale pour l'homme et la crédibilité de l'annonce de l'Evangile".

"Nous devons aller plus loin, au delà de la clarification théologique: la sensibilité actuelle de nombreuses personnes, surtout chez les jeunes, comprend également un Kairos apostolique. Elle ouvre de nombreuses perspectives pastorales. Le nombre des bénévoles est considérable et nombreux sont ceux qui réussissent à découvrir l'amour de Dieu dans leur don au prochain avec amour désintéressé".

24/01/2006

L'Unité, l'âme du mouvement oecuménique

Benoît XVI a proposé ses réflexions de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens qui a lieu chaque année du 18 au 25 janvier, avant de réciter l'Angélus avec les pèlerins réunis Place-St.Pierre, le 22 janvier.

Le Pape a expliqué que cette initiative, qui a débuté dans les premières années du XX siècle, ne cesse d'être "un moment oecuménique toujours plus important, un moment où les chrétiens des différentes confessions du monde entier prient et réfléchissent sur un même texte biblique". Puis il a précisé que cette année le passage choisi est tiré de l'Evangile de Matthieu: "Si deux d'entre vous se mettent d'accord sur quelque chose qu'ils souhaitent demander à mon Père, alors mon Père qui est au ciel le leur concèdera... Et là où deux ou trois se réunissent en mon nom, mon Père est avec eux".

"Quelle confiance et quelle espérance communiquent ces mots du Seigneur Jésus!", s'est exclamé le Pape. "Elles invitent les chrétiens, unis entre eux, à demander à Dieu la pleine unité, celle pour laquelle le même Christ...priait le Père lors de la dernière Cène. Nous pouvons donc comprendre pourquoi il est si important pour nous, chrétiens, d'invoquer le don de l'unité... Si nous le faisons avec foi, nous pouvons être surs que notre requête sera entendue. Nous ne savons pas comment ni quand car cela ne nous regarde pas mais nous ne devons pas douter qu'un jour nous serons une chose seule, comme Jésus et le Père qui sont unis dans l'Esprit Saint".

"La prière pour l'unité -a t-il ajouté- constitue l'âme du mouvement œcuménique qui...avance dans le monde entier. Il y a bien sur des difficultés et des épreuves mais elles sont aussi utiles...il faut être patient, persévérants et grandir dans la charité fraternelle. Dieu est amour et c'est seulement si nous nous convertissons à Lui et si nous acceptons sa Parole nous nous unirons tous dans l'unique Corps mystique du Christ".

"L'expression Dieu est Amour (en latin Deus Caritas Est) -a conclu Benoît XVI- est le titre de ma première encyclique qui sera publiée mercredi prochain, le 25 janvier, fête de la conversion de saint Paul. Je suis très contrent que cela coïncide également avec la fin de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens. Ce jour-là je me rendrai à la Basilique St.Paul-hors-les-murs pour présider les vêpres auxquelles participeront également les représentants des autres églises et communautés ecclésiales".

Après l'Angélus, le Pape a de nouveau parlé de la situation des pays africains et en particulier de la Côte-d'Ivoire, "où persistent de graves tensions entre les différentes composantes sociales et politiques du pays. J'invite tout le monde à poursuivre le dialogue constructif qui conduira à la réconciliation et à la paix. Je confie ces intentions à l'intercession de la Sainte Vierge, qui aime tant le peuple ivoirien".